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PÉROU - Le rapport du ministère de la santé accusant Xstrata de polluer deux rivières à Espinar existe bel et bien

Victor Alvarado

mardi 12 juin 2012, mis en ligne par Dial

4 juin 2012 - Le gouvernement du président Humala et l’entreprise Xstrata Tintaya ont présenté les événements survenus à Espinar comme n’étant que le fait de violences commises par des d’agitateurs anti-miniers. Ils cachent ainsi de manière déplorable au pays les risques auxquels sont exposées les populations des communautés paysannes suite aux rejets que l’entreprise minière jetterait dans les rivières Salado et Cañipia dont les eaux sont utilisées pour la consommation humaine et pour le bétail de quatre districts et sept communautés paysannes de cette province.

C’est en novembre 2011 que les autorités et les communautés paysannes ont déposé auprès du ministère de l’environnement d’Espinar une plainte concernant cette probable pollution. On a tenté de rejeter la plainte sous prétexte qu’elle serait fondée sur un rapport concernant non pas Xstrata Tintaya, mais sur les « Risques de contamination du projet minier Quechua-Cusco », réalisé le 4 octobre 2010 par le Centre national de santé Ocupaciones et la Protection de l’environnement pour la santé – CENSOPAS – du ministère de la santé.

Le rapport existe cependant bel et bien

Veronika Mendoza, membre du Congrès, à laquelle on a attribué l’utilisation de ce rapport ne concernant pas Xstrata, a mis les points sur les « i » en déclarant publiquement que ce n’était pas sur ce rapport que se fondait la plainte déposée par les autorités et les populations affectées. Elle a affirmé qu’elle s’appuie sur un autre rapport publié également par CENSOPAS intitulé « Risques pour la santé de l’exposition à des métaux lourds dans la province d’Espinar-Cusco » réalisé entre août et octobre 2010 parallèlement à l’autre rapport et que le ministre de la santé Alberto Tejada avait remis en janvier 2012.

« Je ne me suis jamais référée au rapport concernant le projet minier Quechua-Cusco, mais à l’autre rapport sur les risques pour la santé de l’exposition à des métaux lourds qui affectent Espinar et qui préconisent l’adoption de mesures préventives adéquates par les autorités » a-t-elle expliqué dans des déclarations diffusées sur le site de communication interculturelle Servindi.

Il faut souligner que la plainte concernant la contamination des fleuves Salado et Cañipia, dans les bassins au sein desquels opère l’entreprise minière Xstrata et qui affecte quatre districts et sept communautés paysannes, déposée au Ministère de l’environnement d’Espinar qui a ouvert l’enquête le 21 novembre 2011. Elle est fondée sur les études de l’ingénieure environnementale Eike Humpel et non sur le rapport de CENSOPAS obtenu par la congressiste Mendoza en janvier de cette année.

Ce rapport a été ajouté a posteriori à la plainte parce qu’il confirme les études de l’ingénieure Humpel. D’après le rapport de CENSOPAS, qui confirme les termes de la dénonciation pénale des autorités d’Espinar, sur 506 personnes ayant subi des analyses dans les districts de Espinar, Pallpata, Occoruro et Pichigue, situés dans l’aire d’influence de Xstrata Tintaya, le 5,5% présentent des valeurs supérieures à la limite admise de mercure et 24 d’entre elles présentaient de l’arsenic dans l’urine.

On a également trouvé des concentrations d’arsenic dans deux échantillons et de mercure dans 33 échantillons d’eau destinée à la consommation humaine qui étaient supérieures aux limites admissibles établies par les DS 002-2008-MINAM et 031-2010-SA ainsi que par les lignes directrices de l’OMS.

Mea culpa

Lorsque cette information a été publiée, mercredi 23 mars 2012, dans le quotidien El Comercio de Lima, l’administrateur de l’entreprise Xstrata Tintaya, Edgardo Orderique Luperdi, a admis publiquement : « Oui, nous sommes effectivement au-dessus des normes permises, mais nous avons cinq ans pour nous mettre en règle », laissant entendre qu’ils vont continuer pendant encore cinq ans à nuire les populations en déversant leurs résidus dans les fleuves et en contaminant l’eau.

Dans des déclarations, franchement discutables, qui jettent le discrédit sur le gouvernement, le Ministre de l’Énergie et des Mines, Jorge Merino a déclaré ce jeudi 31 mai 2012 sur la chaîne de télévision RPP que la compagnie minière ne polluait pas l’environnement et qu’il s’agissait d’une entreprise minière responsable ayant un rang international, comme si les rapports sur lesquels s’appuie la plainte n’étaient qu’une affabulation…

L’enquête du parquet, apparemment interrompue car on ne connaît pas ses conclusions, a réussi à procéder à une inspection in situ. Celle-ci a mis en évidence que Hiunumayo et Tintaya, les affluents des rivières Salado et Cañipia, révèlent la présence de résidus miniers alors que c’est justement dans les bassins andins où ils prennent leur source qu’opère Xstrata Tintaya.

D’après les plaintes déposées auprès du Ministère de l’environnement de Espinar, la contamination des eaux des rivières Salado et Cañipia affecte directement les habitants des quatre districts de Yauri et de sept communautés paysannes, dont celle de Huarca, Alto Huancané, Huija et Huija Qollana.

D’après la plainte, outre cette forme de contamination, l’entreprise possède des bassins de décantation à l’air libre dont les poussières chargées de substances toxiques sont soulevées par le vent et tombent en plein sur les habitations.

Cette réalité dramatique ne peut pas être réduite au silence par des réponses d’ordre policier. Il faut de réelles enquêtes qui débouchent sur des solutions qui soient en accord avec les normes légales qui, dans ce cas, ne sont pas appliquées par Osinergmin et encore moins par le ministre Merino. De telles mesures entraîneraient la suspension des activités de l’entreprise jusqu’à ce qu’elle applique les mesures correctrices revendiquées.


source de la traduction : À l’Encontre : http://alencontre.org/suisse/xstrata-glencore-une-fusion-qui-vaut-lor-du-perou-et-la-discretion-suisse.html

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