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DIAL 3789 - Analyse

AMÉRIQUE LATINE - Hondurasgate : les enregistrements audio qui impliquent Juan Orlando Hernández dans une offensive digitale contre Petro et Sheinbaum

David González M.

mercredi 22 juillet 2026, mis en ligne par Dial

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Dans son article publié dans le numéro de Dial de juin 2026, Lautaro Rivara mentionne le Hondurasgate [1] comme l’un des éléments qui doivent nous inviter à réfléchir sur la crise démocratique actuelle. Dans le numéro de juillet, nous revenons sur ce scandale avec deux textes. Le premier, ci-dessous, a été rédigé par David González M. et publié dans la revue colombienne Raya le 22 mai 2026. Pour rendre les choses plus concrètes, il s’appuie sur la transcription de certains enregistrements audio. Le second, de Raúl Zibechi, insiste particulièrement sur ce que le scandale nous apprend de la collusion entre État, capitalisme et crime organisé.


Un réseau d’ingérence opéré des États-Unis, dirigé par des personnalités de droite et dirigé par l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández – gracié après sa condamnation pour trafic de drogue – serait à l’origine des plans visant à déstabiliser les gouvernements du Mexique et de la Colombie. Voici ce que révèle une fuite de 37 enregistrements audio publiée et vérifiée par des médias indépendants. Selon ce matériel, l’opération mentionnerait des alliés politiques régionaux et aurait des liens avec des secteurs politiquement proches en Israël.

Des enregistrements audio ayant filtré suggèrent que la grâce accordée par Donald Trump à l’ancien président Juan Orlando Hernández, le 1er décembre 2025, aurait pu avoir un objectif géopolitique. Une série d’enregistrements audio divulgués par des journalistes honduriens et des médias indépendants tels que Canal Red América montrent que derrière cette grâce auraient circulé des ressources provenant d’alliés politiques régionaux et de secteurs proches du président états-unien et que l’intérêt n’était pas seulement de sortir de prison un allié, mais aussi de créer une cellule digitale pour déstabiliser des gouvernements souverains d’Amérique latine, avec parmi eux, celui de Gustavo Petro.

C’est du moins ce que laissent entendre ces enregistrements audio ayant filtré qui auraient comme acteurs l’ex président Hernández — condamné pour trafic de drogue à plus de 40 ans de prison mais amnistié par Donald Trump — et le président actuel du Honduras, Nasry Asfura, élu lors d’élections taxées de frauduleuses par des secteurs de l’opposition.

Audio 1

Juan Orlando Hernández : J’ai besoin s’il vous plaît que vous m’envoyiez sur le compte de Rosales 150 000 dollars, s’il vous plaît, car nous allons louer ici un appartement et monter un bureau pour installer une Unité de... journalisme digital. Quelqu’un d’autre d’ici va s’en occuper, quelqu’un de l’équipe du président des États-Unis va le gérer. Il fait partie des républicains qui collaborent avec nous. Ils vont nous créer un site d’informations où ils vont publier quelques scoops sur Manuel Zelaya et Xiomara Castro.
Nasry Asfura : Je vais te faire le transfert avec le compte d’un ami. On va voir s’ils peuvent te remettre l’argent en liquide, mais explique-moi ce qu’on va faire de ça, ce que nous y gagnons.
Juan Orlando Hernández : Nous allons créer une cellule présidentielle. D’ici, depuis les États-Unis, des informations, pour que nous ne soyons pas suivis là-bas au Honduras. Ce sera comme un site d’actualités latino-américain. J’étais en appel avec le président Javier Milei et cela a été un succès concluant. Très, très, très bien, et je crois qu’à ce stade, nous pouvons accomplir de grandes choses pour toute l’Amérique latine. Il y a des dossiers contre le Mexique, des dossiers contre la Colombie et surtout contre le Honduras, en l’occurrence contre la famille Zelaya.
Juan Orlando Hernández : Nous allons monter une cellule Président. D’ici, des États-Unis, une cellule informative pour qu’on ne nous repère pas au Honduras. Ça sera comme un site d’informations latino-américaines. J’ai eu le président Javier Milei au téléphone et ça s’est bien passé. Très, très bien passé et je crois que sur ce point, nous pouvons faire de grandes choses pour toute l’Amérique latine. Des procédures judiciaires sont en préparation contre le Mexique, et d’autres contre la Colombie et les plus importantes contre le Honduras, dans ce cas contre la famille Zelaya.
Nasry Asfura : Je pense aussi qu’il te faut un peu plus d’argent. Pour toi. On va donc envoyer 150 000 de plus. Ça te permettra de survivre un peu plus là-bas. Nous allons le sortir de l’INSEP.

Juan Orlando Hernández demande de l’argent à Nasry Asfura pour mettre sur pied une cellule digitale contre le Mexique, la Colombie et la famille Zelaya

Les enregistrements audio divulgués ont été vérifiés par des journalistes indépendants. Bien que Contracorriente, un média alternatif du Honduras, critique l’opacité de la source originale et présente quelques antécédents à prendre en compte ; d’autres médias comme le média états-unien Drop Site News ont testé les enregistrements filtrés avec le filtre Earshot, expert en recherche sonore. Le résultat, selon le rapport de l’ingénieur technique, a été que les enregistrements audio étaient « des enregistrements authentiques des voix d’Hernández et d’Asfura, et n’ont probablement pas été générés par l’IA ».

Ces enregistrements audio ont été obtenus de réseaux tels que Signal et WhatsApp. Dans plusieurs d’entre eux, il est clair que le nouvel opérateur politique de Trump dans la région, Juan Orlando Hernández, aurait une mission définie après la grâce accordée par Washington. Dans un autre appel entre l’ancien président et l’actuelle vice-présidente, María Antonieta Mejía, l’accent est à nouveau mis sur le thème de la campagne de désinformation contre certains gouvernements de la région s’est de nouveau répétée Dans cet autre audio, il mentionne même que le président argentin, Javier Milei, ferait partie de l’opération aux côtés de certains secteurs de l’opposition mexicaine.

Audio 2

Juan Orlando Hernández : Et il est nécessaire d’avoir ces liquidités car nous allons installer un bureau ici. Avec le soutien de certains républicains pour pouvoir attaquer et éradiquer le cancer de la gauche de là-bas, du Honduras et de toute l’Amérique latine. J’ai dit au président Asfura que nous avions pu parler avec Javier Milei et il nous soutient également avec 350 000 dollars. Un autre grand ami à nous du Mexique nous soutient aussi pour la question des Mexicains. Nous sommes prêts et espérons des progrès importants. Voilà en gros.
María Antonieta Mejía : Président, si vous le voulez bien, omettons les détails. Je voulais juste confirmer le montant. Maintenant que je le sais, je vais m’occuper de toute la gestion, 300 000 dollars alors.

Juan Orlando Hernández et María Antonieta Mejía mobilisent des fonds pour attaquer la gauche latinoaméricaine

Les enregistrements audio, qui exposent également les réseaux de pouvoir de la politique hondurienne, révèlent une stratégie régionale de secteurs de droite alliés à l’administration Trump. L’objectif de la cellule numérique que l’ancien président hondurien ferait fonctionner en tant qu’agent géopolitique de Washington depuis le territoire états-unien serait la fabrication de dossiers judiciaires et l’installation de récits de peur pour déstabiliser les gouvernements que ce secteur considère comme ennemis.

Les conversations entre l’ancien président et ses alliés auraient eu lieu entre janvier et avril 2026. Elles impliqueraient non seulement le gouvernement de Milei, mais aussi des secteurs proches du gouvernement israélien, qui, selon les enregistrements audio, auraient fourni une partie de l’argent lié aux démarches pour obtenir sa grâce.

Hernández, qui a été président du Honduras entre 2014 et 2022, a été reconnu coupable par un tribunal fédéral de New York de complot pour trafic de stupéfiants, d’utilisation d’armes à feu et de complot pour trafic d’armes à feu. Il a été condamné à 45 ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin millionnaires ayant permis aux cartels d’opérer sur le sol honduren. Mais dans une décision politique controversée, Hernandez a été gracié par Trump à la fin de 2025.

Les audios mentionnent également qu’une partie de l’argent de la grâce a été fournie par une « organisation de rabbins » et que Netanyahou a été « impliqué dans sa libération ». Dans une note vocale du 14 mars, l’ancien président semble contrarié par ses pairs politiques et avoue : « L’argent de la grâce n’est même pas venu de vous, il est venu d’une organisation de rabbins, et de personnes qui soutiennent Israël. »

Juan Orlando Hernández évoque l’argent impliqué dans la grâce et annonce sa candidature

Dans un autre audio du 20 janvier, il ajoutait : « Il faut ouvrir un peu les yeux, la situation mondiale n’est pas très bonne. Le Premier ministre d’Israël va nous apporter son soutien, nous lui sommes très reconnaissants. Ils ont joué un rôle important, en vérité, ils ont tout à voir avec ma libération et la négociation. »

Juan Orlando Hernández : Israël a eu tout à voir avec ma libération et la négociation

En plus de l’argent, selon les enregistrements audio du Hondurasgate, l’opération de désinformation régionale bénéficierait de soutiens au sein du Honduras, et notamment de secteurs des églises évangéliques. Des enquêtes journalistiques ont également souligné le rôle de certains réseaux religieux conservateurs dans des agendas d’influence politique liés à Israël et aux secteurs de droite en Amérique latine. Dans une note vocale du 9 avril 2026, apparemment adressée à Tomás Zambrano, l’actuel président du Congrès hondurien, Hernández expose clairement cette stratégie :

« Nous devons faire quelque chose de plus important : mobiliser toutes les églises pour qu’elles nous soutiennent, ce sont les églises qui vont se charger de ce que les gens oublient le passé. Et qu’ils pensent que c’est la gauche qui a fait cela. »

Juan Orlando Hernández ordonne de mobiliser les églises pour effacer le passé et faire porter la faute à la gauche

Dans un enregistrement vocal daté du 25 mars 2026, il insiste auprès du président du Congrès pour qu’il reprenne tout le pouvoir politique et ajoute : « Je t’ai envoyé les gens d’Israël, ils t’ont envoyé de l’argent. Et moi, je fais du lobbying ici. »

Juan Orlando Hernández ordonne de récupérer tout le pouvoir avec le soutien d’Israël

S’il est vrai que ces démarches avaient pour but non seulement de s’ingérer dans les affaires de gouvernements souverains de la région, mais aussi de mobiliser des réseaux de pouvoir à l’intérieur du Honduras – achat de votes législatifs, persécution de fonctionnaires honnêtes et même menaces de mort – la stratégie dévoilée par le Hondurasgate s’inscrit dans une politique étrangère plus large. Avec la seconde administration Trump, l’ingérence ouverte est devenue la norme dans l’hémisphère, associant main de fer et chantage pour affaiblir les gouvernements qui ne respectent pas les directives de soumission aux États-Unis. Cela est apparu clairement, sans masque, tant lors du Sommet du Bouclier des Amériques en mars 2026 que dans les documents publics de sécurité nationale de Washington.

Le Hondurasgate pourrait être interprété comme la matérialisation de cette stratégie et comporte plusieurs dimensions de corruption : le scandale révèle, d’abord, une apparente utilisation politique des grâces présidentielles envers des personnes qui pourraient ensuite servir comme les opérateurs d’un agenda états-unien dans la région. Il révèle en outre un réseau d’alliés mentionnés dans les audios, dont le président Javier Milei et des secteurs proches du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou.

Selon les enregistrements audio divulgués, le bureau clandestin aux États-Unis disposerait de plusieurs sources de financement pour initier ses activités : 350 000 dollars attribués dans les audios à un soutien supposé de secteurs associés à Milei, 300 000 dollars supplémentaires de fonds publics du Honduras garantis par l’actuel président Nasry Asfura et un autre montant indéterminé fourni par des alliés au Mexique. L’objectif de ce bureau n’était pas seulement de maintenir et diffuser des récits contre les gouvernements de gauche, mais aussi, selon les enregistrements audio, de rémunérer des équipes républicaines pour du conseil tactique.

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a répondu ainsi lorsqu’on l’a interrogé au sujet du scandale : « Ils peuvent bien créer un bureau de campagnes sales contre notre gouvernement au Honduras, avec des ressources d’un peuple ami par le biais de son gouvernement, cela n’aura pas d’effet, pas d’effet. » Cependant, elle a dénoncé l’existence d’une « droite internationale liée à des groupes en Espagne, aux États-Unis, en Argentine et dans d’autres pays », dont l’un des objectifs serait « la diffusion de fausses informations ».

Pendant ce temps, en Colombie, où Gustavo Petro est une autre des cibles apparemment visées par les campagnes de fausses informations, a eu lieu un autre scandale lié aux médias payés pour propager des campagnes de haine. Cette stratégie est connue sous le nom de « Plan Jupiter » et présente plusieurs similitudes avec ce que l’ancien président Juan Orlando Hernández semblait vouloir faire : des fonds millionnaires d’origine douteuse, des documents numériques pour semer la peur et la méfiance, et des alliés locaux qui aident à reproduire la désinformation.

Le facteur aggravant de ce qui a été baptisé Hondurasgate est que, tandis que le Plan Jupiter a été mis en cause par les dénonciations publiées par la revue Raya, le plan de Hernández serait protégé par l’immunité géographique que lui donne le fait d’opérer des États-Unis, ainsi que par la complicité du président Trump. De fait, les États-Unis et leur gouvernement MAGA ont clairement indiqué que leur interventionnisme en Amérique latine serait dur et sans cérémonies, ce qui pourrait être leur dernier effort pour maintenir à tout prix une arrière-garde dans un contexte de déclin inévitable de son hégémonie mondiale.


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3789.
 Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.
 Source (espagnol) : revue Raya (Colombie), 22 mai 2026.

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[1En avril 2026 ont été diffusés sur le site hondurasgate.ch des enregistrements audio de conversations entre différents leaders de droite, notamment l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández. Ces conversations mentionnaient un plan international d’attaques médiatiques contre différents leaders et gouvernements de gauche au Honduras et en Amérique latine.

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