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CHILI - L’adieu à Patricio Manns auteur compositeur et écrivain

Carlos Laquinandi Castro

mardi 18 janvier 2022, mis en ligne par Françoise Couëdel

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16 octobre 2021.

« Ton départ laissera un vide impossible à combler, mais ton nom, ton œuvre resteront gravés en lettres de feu dans la mémoire du peuple. » – Mots de ses camarades du groupe « Inti Illimani »

La culture populaire chilienne a perdu une de ses figures les plus aimées et les plus reconnues. Patricio Manns avait 84 ans et une trajectoire créative qu’il commença très jeune. En 1963 il écrit un roman Parias en la Niebla [Parias dans la brume] qui fut récompensé par la Société des auteurs chiliens. En 1965 entre dans la « Peña des Parra », partageant ses expériences avec Victor Jara, Rolando Alarcón et d’autres artistes chiliens et étrangers. En 1971, il publie son premier disque avec une de ses plus belles chansons, « Valdivia dans la brume ».

En tant que musicien et journaliste il participa activement aux campagnes présidentielles de 1964 et 1970 ; cette dernière porta Salvador Allende à la présidence de la République, représentant l’Unité Populaire. Ce ne sont que ses débuts car à partir de ces moments clés il déploya une activité prolifique de compositeur, musicien, chanteur et écrivain, en participant à la « Nouvelle Chanson chilienne ».

L’étape de l’exil

Patricio Manns s’est toujours impliqué dans les luttes sociales de son pays. En 1973, suite au coup d’État de Pinochet, s’organisa une répression brutale dont furent victimes aussi des journalistes, des poètes et des musiciens ; ce fut le cas de Victor Jara, assasiné. C’est alors qu’il dut quitter le pays et s’exiler en France. Il se lança alors dans une lutte infatigable, dénonçant la dictature et obtenant un soutien international.

Au cours de ces années il se produisit dans différentes villes d’Europe en se joignant au groupe « Inti Illimani », dont les membres comme ceux des « Quilapayun » étaient aussi en exil. Par ses activités politiques, culturelles, toute son expérience, Patricio Manns contribua à créer des liens depuis l’Europe avec des organisations artistiques et culturelles qui, au Chili, travaillaient dans la clandestinité et étaient poursuivies par la dictature.

Le retour

À la fin des années 80 il rentre au pays, il peut enfin chanter –
dans sa propre patrie – son poème « Vuelvo » (Je reviens) : « Avec des cendres, avec des fêlures, / une immense impatience / avec colère / suspicion / avec une ferme certitude/ je pose le pied dans mon pays ».

À partir de ce moment, dans le pays se réactivent les réseaux culturels que de nombreux Chiliens avaient maintenus actifs en dénonçant la dictature. Patricio Manns donna un récital mémorable dans le Stade Chili et poursuivit son itinérance de compositeur et interprète.

Un adieu multitudinaire

Au début de l’année dernière, sa santé déclina, et la disparition de son épouse Alejandra, fut un choc dont il ne s’est pas remis. Son héritage est un don que les jeunes générations s’approprient aujourd’hui. En sont la preuve ses obsèques au Théâtre National où, en groupes, attendirent patiemment à l’extérieur des milliers de personnes qui défilèrent durant plus de 24 heures pour exprimer leur tristesse. Parmi eux des groupes folkloriques, des solistes, des poètes et des écrivains qui montèrent sur scène pour lui rendre hommage. Sa fille rappela la relation de son père avec le public qui l’a toujours soutenu, même dans les moments les plus difficiles. Et elle rappela sa phrase « Moi j’écris pour mon peuple, je chante pour mon peuple, je ne chante pas pour moi ». Son peuple ne l’oubliera certainement jamais.


Carlos Iaquinandi Castro est membre de la rédaction de SERPAL

Traduction française de Françoise Couëdel

Source : envoi par SERPAL.

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