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DIAL 3635

BOLIVIE - Impressions depuis La Paz et El Alto

Raúl Zibechi

vendredi 16 décembre 2022, mis en ligne par Dial

Lors d’un séjour à La Paz et El Alto, la grande conurbation de l’ouest bolivien, l’Uruguayen Raúl Zibechi a échangé avec des militants des organisations sociales locales sur leurs perceptions de la situation politique et l’évolution du gouvernement actuel. Article publié sur le site Desinformémonos le 8 août 2022.


Le climat social et politique actuel dans les deux principales villes de Bolivie est bien différent de celui que l’on pouvait ressentir en des temps antérieurs comme lors de l’accession au gouvernement d’Evo Morales en 2006 ou pendant la période des débats sur la nouvelle Constitution approuvée en 2008.

Il n’est pas non plus très simple de déterminer de quoi il s’agit. Il existe une certaine unanimité pour considérer que l’actuel gouvernement du MAS de Luis Arce et David Chiquehanca est un exécutif faible, qui ne soulève pas l’enthousiasme populaire en grande mesure à cause d’une situation économique qui n’est plus favorable, comme elle l’a été pendant une bonne partie des gouvernements antérieurs massistes.

Cependant l’un des principaux facteurs qui a des incidences sur cette faiblesse est la guerre interne, ouverte et publique que l’ex-président Morales a entreprise contre ce gouvernement qui, semble-t-il, aurait dû être son propre gouvernement. Les consultations auprès de jeunes femmes et hommes militants sociaux convergent pour mettre en avant la sensation d’un futur immédiat de déséquilibres et de conflits au sommet. Au cœur de l’offensive de Morales se trouve le vice-président Choquehuanca, dont la candidature a été littéralement imposée par les bases du MAS, qui exigeaient en outre qu’il soit le futur président.

Les fissures entre l’ex-président et l’actuel vice-président remontent à la période de gouvernement. Le vice-président n’a jamais accepté l’extractivisme ni la proposition de développement et de modernisation qui a constitué l’axe du gouvernement de Morales. Il a pour lui de n’avoir jamais été accusé d’enfreintes à l’éthique comme la corruption et la lutte pour le pouvoir qui ont éclaboussé une bonne partie des dirigeants progressistes.

L’objectif principal d’Evo Morales est de revenir au gouvernement, un désir qui peut supposer non seulement de dynamiter la gouvernabilité mais encore de creuser la crise de crédibilité que traverse le progressisme bolivien. Les faits s’accumulent : la candidature Arce-Choquehuanca a largement dépassé en 2021 les votes obtenus par Morales-Garcia Linera en 2019. En outre, le MAS a perdu les élections dans les principales villes, y compris celle qui en d’autres temps en fut le bastion imprenable, El Alto.

Son attitude lors de la crise de novembre 2019 joue contre Morales. Sa fuite à Mexico continue à être durement critiquée, car une bonne partie de ses bases aurait préféré qu’il résiste dans le pays même aux partisans du coup d’État qui, finalement, se sont imposés par le biais de Jeanine Áñez, nommée présidente de manière illégale ce qui constitue un coup d’État qui aurait pu être évité si les principaux dirigeants s’étaient mis à la tête de la résistance.

Cependant, une grande partie des mouvements n’étaient pas prête à défendre ce que, à une époque, ils avaient considéré comme « leur » gouvernement. La crise de 2019 a approfondi le divorce qui avait déjà commencé à s’amplifier depuis la marche pour la défense du TIPNIS en 2011.

Les organisations des peuples originaires et l’ensemble du mouvement populaire se retrouvent maintenant sérieusement divisés et affaiblis, avec une base sociale démoralisée et très déçue du MAS et surtout de Morales et son équipe. La direction de ce parti s’est entêtée à contrôler et à coopter à tout prix les mouvements, y compris au prix de la destruction de leur capacité de mobilisation et leur crédibilité.

Les choses étant ce qu’elles sont, le futur s’annonce plus que complexe. La principale espérance réside dans un changement générationnel qui s’annonce à l’horizon mais qui ne s’est pas encore concrétisé. Les nouvelles générations auront à surmonter ces vieux démons et faire face à la démoralisation qui imprègne la société.


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3635.
 Traduction d’Annie Damidot pour Dial.
 Source (espagnol) : Desinformémonos, 8 août 2022.

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