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GUATEMALA - Père et fils rentrent à la maison

Celenia Cabrera

mercredi 27 mars 2024, par Dial

Le « conflit armé interne » (1960-1996), selon l’expression officielle utilisée depuis la signature des Accords de paix ferme et durable en 1996, a été marqué notamment par des violations massives des droits humains, des actes de tortures et des massacres. On estime aussi à 45 000 le nombre de détenus-disparus pendant la période. En septembre 2022, une famille a pu finalement récupérer les restes d’un père et son fils, 39 ans après leur disparition. Ce texte de Celenia Cabrera a été publié sur le site du Centre de médias indépendants du Guatemala le 5 octobre 2022.


Trente-neuf ans ont passé pour qu’une famille puisse retrouver ses êtres chers, pas comme ils l’auraient souhaité, mais au moins d’une manière qui leur permette de conclure un cycle.

Le 24 septembre 2022, la Fondation d’anthropologie légiste du Guatemala (FAFG) a remis à la famille Aldana Pérez les ossements de Guillermo et Feliciano, le père et le fils, qui, le 18 août 1983, pendant le gouvernement de facto d’Óscar Humberto Mejía Víctores, furent enlevés de force par des soldats de l’armée nationale et des délégués militaires de la région.

Guillermo Aldana Pérez était originaire de Camotán, Chiquimula. Dans sa jeunesse, il s’installa à Los Amates, Izabal, où il se maria et suivit une formation de catéchiste. Par la suite, en 1977, il arrive au hameau Las Flores Seja à Livingston, Izabal.

La communauté participe à la veillée funèbre de Guillermo et Feliciano Pérez
Photo : Oscar Salanic

Feliciano, l’éternel jeune homme, comme il perdure dans leurs souvenirs, avait 19 ans lorsqu’il a été enlevé à son foyer. C’est maintenant l’un des rares parmi les 45 000 détenus-disparus durant les 36 ans du conflit armé interne qui peut revenir au sein de sa famille.

Le chemin du retour

Comme dans la plupart des familles, la peur et l’incertitude ont dominé après la disparition forcée de leurs êtres chers. C’est la raison pour laquelle nombre d’entre elles n’ont pas porté plainte. À qui s’adresser si police et armée qui devaient les protéger les avaient enlevés ?

De petits cercueils de bois conservent les restes du père et du fils
Photo : Oscar Salanic
Edgar Pérez, instituteur de la localité et membre de la famille, a écrit le poème intitulé « Le retour de papa Guillermo »
Photo : Oscar Salanic
Téofila Pérez, fille de Guillermo a prononcé quelques mots pendant l’hommage
Photo : Oscar Salanic
Le prêtre de la paroisse de Semají a célébré une messe avant l’enterrement
Photo : Oscar Salanic
Pablo Pérez, agenouillé, interprète un solo de guitare pendant la chanson hommage à son père
Photo : Oscar Salanic

Ce n’est qu’au début de l’année 2020, après avoir appris l’existence de la fosse clandestine découverte dans la zone militaire de Puerto Barrios, qu’ils ont décidé de contacter la FAFG pour des prélèvements d’ADN. À partir de là, il n’y avait plus qu’à attendre.

Apolonio Pérez García, gendre de don Guillermo a été chargé par la famille d’effectuer les démarches et le suivi du processus, qui, selon ses mots, est simple mais nécessite de la patience car une fois identifiées les coïncidences entre l’ADN des membres de la famille et les restes des morts, il faut établir un dossier qui garantisse et certifie leur validité.

Une célébration empreinte de tristesse

Une fois terminées les démarches nécessaires, la FAFG a indiqué la date de la remise des restes osseux de Guillermo et Feliciano, ce qui a permis à la famille et aux voisins de se préparer : messes, prières, repas, veillées, chants, fleurs et souvenirs ont constitué un cadre pour les recevoir et leur dire adieu.

En l’absence de photo de don Guillermo, Edgar Pérez, le neveu, eut l’idée de contacter son ami artiste Mario Cosme de Panajachel, afin qu’il réalise un portrait à partir de descriptions orales et que ce soit cette image là qui demeure dans l’esprit et le cœur des personnes qui l’avaient connu.

Portrait de Guillermo Aldana Pérez, réalisé à partir des derniers souvenirs qu’avait sa famille jusqu’au moment où il fut victime de disparition forcée
Photo : Oscar Salanic

La communauté de Las Flores est un terrain entouré d’arbres et de végétation, qui se situe dans les environs de la Sierra de Santa Cruz et c’est dans son cimetière que furent déposés les restes du père et du fils, afin que lors de chaque date spéciale ils puissent leur rendre visite et leur apporter des fleurs.

Des absents encore nombreux

Des 45 000 détenus-disparus au Guatemala, la FAFG a pu identifier 3709 victimes, parmi lesquelles Guillermo et Feliciano sont un petit témoignage de ce que la persévérance et l’espoir sont fondamentaux pour avancer sur le chemin de la justice.

De fait, c’est là l’un des messages qui a été répété pendant les célébrations organisées, car, selon certaines des personnes présentes, à Las Flores et dans d’autres communautés proches il y a encore des victimes de disparitions forcées qui n’ont pas été déclarées. Ont ainsi été formulés des appels à vaincre la peur, à s’organiser et à suivre l’exemple d’aide et de solidarité de ceux qui aujourd’hui retournent à la terre.


Montage de Radio Victoria, la voz de los pueblos à partir du poème d’Edgar Pérez (en espagnol)


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3693.
 Traduction d’Annie Damidot pour Dial.
 Source (espagnol) : Centre de médias indépendants du Guatemala, 5 octobre 2022.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’autrice, la traductrice, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

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