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DIAL 2485

ARGENTINE - Les évêques argentins évoquent la vie et la mort de Mgr Angelelli. Communiqué et réaction

dimanche 1er juillet 2001, mis en ligne par Dial

L’épiscopat argentin, dont la complicité avec la dictature fut considérable, avait fait l’an dernier une demande de pardon (cf. DIAL D 2409) qui marquait un tournant décisif dans le rapport qu’il entretenait avec le passé. Pour la première fois, il vient de publier un communiqué sur la vie et la mort de Mgr Angelelli, cet évêque de La Rioja, mort le 4 août 1976 au cours d’un « accident » de la route selon la version officielle, accident qui était, selon ses amis, un véritable « assassinat ». Mgr Angelelli fut un vrai défenseur des pauvres et sa proximité avec les classes populaires lui valut de graves difficultés. Ci-dessous, le communiqué des évêques, la réaction d’un groupe de chrétiens de base, et des extraits du document publié par les évêques argentins sur la situation du pays lors de leur assemblée générale le 12 mai 2001.


Le communiqué des évêques

Mgr Henrique Angelelli a vécu et est mort comme pasteur

1. Nous, évêques argentins, voulons nous unir à l’action de grâces pour la vie intense et la fidélité à la mission de Mgr Enrique Angelelli à l’occasion des 25 ans de sa mort. Pour cet anniversaire, notre frère Mgr Fabriciano Sigampa présidera les célébrations dans son diocèse bien-aimé de La Rioja.

2. Mgr Enrique Angelelli est né dans la ville de Córdoba le 17 juillet 1923. Il fut ordonné prêtre à Rome le 9 octobre 1949. Le pape Jean XXIII le choisit comme évêque auxiliaire de Córdoba et il fut consacré le 12 mars 1961. Par la suite, le pape Paul VI le désigna comme évêque de La Rioja et il prit possession de ce diocèse le 20 août 1968.

3. Le 4 août 1976, revenant de la paroisse de Chamical, après avoir accompagné cette communauté meurtrie par la mort des pères Carlos de Dios Murias et Gabriel Longueville, cruellement assassinés, comme le fut le laïc Wenceslao Pedernera, il trouva la mort dans la localité de Punta de los Llanos.

4. Beaucoup d’entre nous ont connu Mgr Enrique Angelelli personnellement. D’autres, surtout les plus jeunes, nous avons beaucoup entendu parler de lui. Nous savons que la vie des évêques est difficile. Comme hommes, nous avons des qualités et des défauts. C’est l’Esprit qui, utilisant même nos faiblesses, inspire les grandes orientations qui donnent sens à la vie.

5. Mgr Angelelli mit à portée de la vie du peuple les enseignements du Concile Vatican II, de Medellín et du document de San Miguel de l’épiscopat argentin. Son action pastorale, inspirée de ces documents, fut l’objet de dures polémiques. Ce fut un homme qui se laissa saisir par l’Esprit et qui fut passionné de l’Évangile. Mais au-delà de sa force et de ses limites humaines, il s’ouvrit à l’action de l’Esprit qui motiva, en lui, des désirs intenses de sainteté et un grand dévouement au service des pauvres. La mort l’a rencontré dans l’accomplissement d’une mission difficile. Il accompagnait les communautés blessées par les assassinats de leurs pasteurs. Il a vécu comme pasteur et il est mort comme pasteur.

6. Nous voulons nous unir à ces célébrations, qui dépassent le cadre du diocèse de La Rioja, rendant grâce à Dieu et demandant au Seigneur de pouvoir continuer son témoignage de dévouement et de service pour les plus pauvres et de renouveler notre engagement pour construire une patrie plus fraternelle, solidaire et réconciliée.

Nous espérons que la vie et la mort de Mgr Angelelli sera un gage d’union et d’évangélisation pour tous les Argentins.

Les évêques de la République Argentine, 81e Assemblée plénière, San Miguel, 12 mai 2001.

Des militants chrétiens de base réagissent. Communiqué adressé à l’évêque d’Avellaneda

Devant le document de la Conférence épiscopale argentine sur la figure de Mgr Angelelli, nous voulons partager trois commentaires :

1. À aucun moment ce document n’appelle les faits par leur nom, il fait seulement référence à la "mort" de Angelelli, ce qui peut être interprété, par ceux qui ne sont pas très informés, qu’il pourrait être mort de cause naturelle. Bien plus, l’accident n’est même pas mentionné (ce qui a toujours été le discours officiel de la Conférence épiscopale Argentine).

C’est une véritable utopie de vouloir que les évêques appellent les choses telles quelles furent : on a tué, on a assassiné Enrique Angelelli, évêque, en raison de son engagement évangélique avec les pauvres et les opprimés de son cher Rioja et du pays.

Lorsque le pape Jean-Paul II nous appelle à reconnaître nos martyrs et nous dit, dans Tertio millenio adveniente que "... il est nécessaire que les Églises locales fassent tout leur possible pour ne pas perdre le souvenir de ceux qui ont souffert le martyr...", notre épiscopat fait la sourde oreille à cet appel.

2. Cette "reconnaissance" de l’épiscopat a lieu dans le contexte du 25e anniversaire du martyre de Mgr Angelelli et donne la sensation que la Conférence épiscopale argentine l’a fait connaître pour, en quelque sorte, "ne pas rester en dehors" quand la figure, l’engagement et le martyr de Angelelli sont revendiqués à partir de divers secteurs sociaux, politiques, syndicaux et aussi ecclésiaux.

Ce qui est positif dans ce document, c’est que l’épiscopat reconnaît que Gabriel, Carlos et Wenceslao furent "cruellement assassinés", et que "Mgr Angelelli a porté à la vie du peuple de son diocèse les enseignements du Concile Vatican II, de Medellín et du document de San Miguel de l’épiscopat argentin", que "il a vécu comme pasteur et est mort comme pasteur" et "rendant grâce à Dieu et demandant au Seigneur de pouvoir continuer son témoignage d’engagement et de service pour les plus pauvres".

3. Bien que le document n’appelle pas les choses par leur nom et, comme c’est déjà presque une tradition, bien qu’il en reste toujours à mi-chemin, la reconnaissance de l’assassinat des deux prêtres et du laïc Pedernera et, dans quelques paragraphes, la revendication de Angelelli comme pasteur, est quelque chose d’estimable. Il reste encore beaucoup à faire pour que soit reconnu son assassinat et son martyre, mais comme le disait le prélat : il faut continuer, sans plus...

Que ce 4 août prochain, nous revendiquions la figure et l’engagement de notre père Angelelli, dans notre église, notre paroisse, notre quartier... pour que ceux qui l’ont assassiné sachent que la voix des gens se fera toujours entendre, qu’il est inutile de tuer, que la mort prouve que la VIE existe !

Militants chrétiens de base, Avellaneda

***

Une déclaration des évêques argentins sur la situation du pays

Aujourd’hui la patrie a besoin de quelque chose d’inédit

(...)

3. Il nous est douloureux de constater que le nouveau siècle trouve le pays dans une situation si délicate qu’elle ne nous laisse pas apercevoir l’orientation, la direction de notre histoire. La démocratie rétablie il y a plus de dix-sept ans a oublié sa mission de recréer la société argentine qui avait été heurtée et blessée par des désaccords et des luttes fratricides. Ces années devraient être le temps de la politique qui, comme médiation nécessaire pour le service du bien commun, proposerait à tout le peuple des espérances raisonnables qu’elle mettrait en œuvre. Que d’interrogations sans réponse ! Que d’illusions frustrées !

4. L’action politique, un des services les plus nobles que l’on peut rendre à l’homme et à la société, paraît être stérilisée par la recherche personnelle et sectorielle du pouvoir et des richesses, et être pervertie quand des groupes économiques ou financiers en font l’instrument de leurs intérêts.

5. Les partis politiques s’estompent. On ne perçoit pas en eux une échelle claire et adéquate de valeurs qui les guideraient. Ils ont cessé d’être une école de civisme pour leurs adhérents et un instrument de sélection des meilleurs et des plus aptes pour assumer des charges publiques. Nous ne devons pas oublier que l’autorité conçue comme service purifie et donne sens au pouvoir. (...)

7. Nous n’oublions pas non plus que les problèmes économiques sont graves et doivent réellement nous préoccuper, comme nous l’avons dit tant de fois. Mais plus que les indicateurs économiques, ce qui nous fait percevoir la gravité du problème c’est la persistance et l’extension de la pauvreté du peuple et la confusion des dirigeants. La société réclame un ordre juste qui parvienne à libérer la République des contraintes imposées par les groupes de pouvoir, internes et externes, et qui empêche l’asservissement de la dignité propre de tout être humain.

8. Qui pense à l’avenir de l’Argentine ? Quel est le projet de pays qui oriente notre action ? Que faire pour générer l’espérance ? Il est nécessaire que nous nous convertissions tous, spécialement les dirigeants, en évitant le divorce croissant avec le peuple et laissant de côté, pour toujours, la recherche de privilèges personnels ou sectoriels. Il est nécessaire de recréer la politique comme instrument principal de gestion du bien commun, de telle sorte que ce soit elle qui dirige et canalise aussi l’économie dans le cadre des institutions républicaines en vigueur.

(...)

12. Étant donné que la crise affecte les liens sociaux, il est nécessaire que, avec imagination et créativité, nous participions tous à leur recomposition, qu’il s’agisse de la famille, qui est le fondement de la société, du quartier, de la commune, du travail ou de la profession. Aujourd’hui la patrie a besoin de quelque chose d’inédit. Où que nous soyons, nous pouvons faire quelque chose pour engendrer une plus grande communion. Nous-mêmes, comme ministres de la réconciliation, de l’unité et de la communion, nous nous engageons à intensifier notre travail pour la reconstruction de ces liens. (...)

Les évêques de la République d’Argentine,

81e Assemblée plénière,

San Miguel,12 mai 2000.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2485.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : Assemblée générale des évêques, mai 2001.
 
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